
Avec le soutien de la Fondation Jean-Luc Lagardère


Lauréate du Prix Jules Rimet 2024

Un mot de Jean-Paul Vespini, lauréat du Prix Jules Rimet Sport & Littérature 2025
​
Il y a dix ans, j’avais eu la joie de recevoir la mention spéciale pour « Gino le juste, une autre histoire de l’Italie ». Il avait sauvé 800 juifs durant la guerre, en pédalant sur son vélo. Alain Gillot fut l’heureux lauréat – mérité – j’étais parvenu jusqu’au pied du podium. Le temps a passé, l’écriture a fait son œuvre, elle est devenue un besoin quotidien, une occupation régulière, un sens de vie, une façon de s’élever. Au moment où j’envisageai de ne plus placer la bicyclette dans mes textes pour lui préférer un projet plus intime, elle m’a fait signe sous la forme d’une couverture de livre : la correspondance d’Émile Zola.
Il était là, le grand penseur du XIXe siècle, défenseur de Dreyfus jusqu’à se ruiner, ou presque, et contraint de partir en exil. Zola sur un vélo, cela valait le coup de poursuivre cette route. J’ai été encouragé par les pépites que je dénichai, oui il aimait le vélo, le pratiquait régulièrement, mais cette passion n’avait jamais retenu l’attention. La photographie qu’il aimait, on en parlait. Sa bicyclette, elle restait près de sa cheminée, elle ne valait pas la peine, pas assez littéraire peut-être, alors que tout son siècle pédalait et s’inspirait d’elle pour écrire.
​
Avec l’attribution du prix Jules Rimet – quelle joie, quel honneur de figurer à ce palmarès – Émile est vengé ; Lui qui n’a jamais été primé, surtout pas à l’Académie française. C’est un grand encouragement pour moi, à poursuivre dans cette voie. Aussi je voudrais, très sincèrement, remercier les jurés du prix, son président Denis Jeambar et Renaud Leblond, le président de l’association Jules-Rimet – sport et culture.
Une super soirée chez Walczak, en souvenir de ce boxeur polonais installé au pied des terrils, et un autre signe, la mine comme trait d’union puisque je suis né à Gardanne, pays des gueules noires, et des footballeurs Hervé et Patrick Révelli. Une soirée que je n’oublierai pas, dans l’ambiance de l’Air de Paris, pour un maillot de footballeur, N°14, que je vais encadrer comme une toile de maître.
​
​​​
​
​Un mot de Denis Jeambar
Président du Jury du Prix Jules Rimet Sport & Littérature 2025
​
La conversation doit être un délice de la vie. Ce mot de Montesquieu dans les Lettres persanes définit à merveille les délibérations du jury du Prix Jules Rimet. La magie de cette petite assemblée tient à son caractère hétéroclite. N'y retrouve-t-on pas côte à côte l'arrière-petite fille de Jules Rimet, un économiste-essayiste, un ancien boxeur, un ancien sélectionneur de l'équipe de France de football, deux romancières, un PDG, une double championne du monde de sabres par équipe, une ex-championne du monde de karaté et quatre écrivains! La politesse de l'esprit, la sincérité et l'humour font l'heureuse alchimie de ce petit groupe animé par la double passion de la littérature et du sport. Pas d'entre-soi dans cet équipage mais le plaisir pour chacun d'être soi-même et le bonheur de la libre parole. Cela donne des délibérations joyeuses et courtoises, des opinions vives, des points de vue différents, des échanges plein d'humour dans lesquels chacun donne, écoute et reçoit. Aucune lassitude depuis quatorze ans qu'existe ce prix et l'impression de s'être quittés la veille lorsque sonne pour le jurés l'heure de se retrouver.
Six livres étaient sur la table qui, pour la plupart, ont reçu au moins une voix avant que ne s'impose l'heureux gagnant Jean-Paul Vespini pour son brillant et très original «Zola à bicyclette». Il fallait un brin de folie pour se lancer dans cette aventure Zola sur deux roues. De quoi se casser la figure comme notre immense écrivain lorsqu'il monte pour la première fois sur un vélo. Il y voit certes un nouveau moyen de locomotion mais sans doute n'imaginait-il pas qu'il serait l'un des emblématiques précurseurs de l'irrésistible saga vélocipédique du XXIème siècle.
Jonglant avec une documentation phénoménale, la plume vive, Jean-Paul Vespini nous plonge dans un monde de Zola jusque là trop méconnu. Rencontre fulgurante entre un écrivain de légende et un nouvel engin synonyme de liberté. Liberté pour mener le va-et-vient d'une double vie entre sa femme et sa maîtresse, mère de ses deux enfants. Liberté pour échapper aux carcans du monde en se lançant dans de longues promenades. Liberté de mouvement qui fait écho à ses combats d'écrivain et de journaliste, à sa volonté d'avancer, de vaincre l'immobilisme, de s'engager, de lutter contre les injustices.
Le tour de force de Jean-Paul Vespini est de nous convaincre que chez Zola pédaler rime avec penser. N'est-ce pas, d'ailleurs, l'ambition du prix Jules Rimet ! Apporter chaque année la preuve que la littérature et le sport ont en commun de libérer le corps et l'esprit.

